Colloque
européen : architecture au Féminin
Les Métiers de la
Réhabilitation
Paris 30.9.-1.10.1999
Les femmes architectes en Finlande
par
Päivi Nikkanen-Kalt
Architect DESA-SAFA, Ph.lic.
Une histoire favorable pour les femmes
Historiquement on considère la Finlande comme un pays exemplaire de parité dans la plupart des domaines de la société. Les femmes ont eu l'accès aux écoles d'architecture très tôt, même si les premières femmes architectes au monde selon notre connaissance actuelle étaient américaines et anglaises. Mais les femmes architectes finlandaises sont reconnues avoir été les premières femmes architectes conscientes de leur position d'égalité sur le plan professionnel. Elles ont immédiatement pris leur place dans la société et ainsi ont ouvert le chemin pour leurs consurs. L'égalité entre les femmes et les hommes en Finlande a été et continue à être renforcée par les moyens de la législation et par certaines pratiques de modes de vie. Malgré tout, nous avons encore à améliorer. Mais, comment les femmes de ce petit pays ont elles réussi dès le début à s'affirmer? Comment a évolué la position des femmes architectes depuis? Y-a-t-il quelque chose d'unique dans la vision des femmes architectes?
Les premiers pas
La Finlande du 19è siècle était un pays principalement agricole, représenté à l'extérieur par une couche très fine dite "population civilisée". Pendant environ 700 ans la Finlande avait fait partie du Royaume Suède Finlande, mais à partir de 1809 jusqu'en 1917 elle formait une principauté autonome gouvernée par la Russie. Le sentiment de nationalisme chez les finlandais était très fort, et on voulait vivement se décrocher de la Russie. L'impact de tous était nécessaire et apprécié pour développer le pays, y compris celui des femmes en dehors du foyer. La position des femmes a été beaucoup renforcée en Finlande à la fin du siècle dernier, aussi bien à cause de raisons historiques que par l'influence du mouvement des femmes.
La formation était la clef de l'évolution. Les femmes avaient accès à l'éducation des enseignants pendant les années 1860. Ensuite a été garantie la liberté illimitée d'exercer un métier y compris pour les femmes célibataires. Les femmes ont eu accès aux postes de fonctionnaires d'État, le droit de posséder la terre en 1878, le droit de passer le bac pendant les années 1890, des droits égaux à ceux des hommes pour accéder à l'université en 1901 et le droit de vote en 1906.
Depuis 1840 une formation technique a été organisée en Finlande, mais au début ce n'était que "pour les hommes". Les femmes jusque là n'avaient accès qu'à l'école des filles. Elles n'ont été acceptées à l'enseignement d'architecture de l'Institut Polytechnique qu'à partir de 1879, mais à titre d'élèves supplémentaires. Les premières jeunes femmes s' intéressaient plutôt aux cours artistiques, et elles ont abandonné les études d'architecture. Parmi ces premières étudiantes il y a eu Hélène Schjerfbeck, qui est devenue une artiste peintre très célèbre plus tard.
La première femme architecte finlandaise diplômée a été Signe Hornborg en 1890. A partir des années 1890 les femmes pouvaient passer le bac, qui leur a donné l'accès direct aux études d'architecture. Depuis ont été rajoutés des concours d'entrée, afin de régler le niveau mais pas pour empêcher les femmes. Toutes les six femmes qui ont commencé leurs études en architecture entre 1887 et 1894, ont passé leur diplôme. Les études ont duré quatre ans, le stage de six mois au chantier était obligatoire aussi bien pour les femmes que pour les hommes. Le diplôme exigé portait sur un projet de bâtiment de taille moyenne, avec ses structures, l'estimation du coût, le descriptif des matériaux de construction et des instructions sur la réalisation.
Entre 1887 et 1908 il y a eu 29 étudiantes en architecture, dont 18 ont été diplômées. Les premières femmes diplômées ont eu un bon succès, ce qui a encouragé les autres consurs à suivre. Pendant la première guerre mondiale il était plus difficile d'étudier à l'étranger, et le nombre des étudiants en architecture a beaucoup augmenté. L'Institut de technologie a été obligé de limiter le nombre d'étudiants en architecture à 125 élève par année. Il n'y avait que deux professeurs et un enseignant dans l'école.
La centième femme architecte finlandaise a été diplômée vers 1941.
L'éthique du métier
La formation des femmes a été très considérée vers la fin du siècle dernier. Selon l'idéologie bourgeoise une femme cultivée savait mieux élever ses enfants. Les féministes pensaient, qu'une femme qui sait exercer un métier indépendamment serait même plus libre de se débarrasser d'un mariage non-satisfaisant.
A l'école d'architecture, l'éthique du métier a souligné, que l'architecte doit être un expert impartial entre le client et le promoteur. La formation a fourni aux étudiants en architecture une vraie maîtrise professionnelle. En même temps l'architecte devait être moderne, artiste, un bon consultant et aussi un "homme d'affaires". Les femmes formées dans le domaine technique étaient une nouveauté. Il n'était pas du tout question de les empêcher d'accéder à la formation, mais on ne leur a donné aucune direction particulière. Elles se sont trouvées seules pour créer leur propre identité professionnelle, évidemment sur la même base que leurs confrères. Seul comptait le travail de chacun. On ne croyait pas qu'il puisse exister une idéologie visuelle liée au sexe.
Les premières femmes architectes faisaient confiance à leur formation et à la compétition professionnelle pour obtenir l'identité professionnelle et du travail. Les conflits se sont produits plus tard, dans la vie réelle du métier. Beaucoup d'architectes célèbres n'ont pas hésité d'embaucher des femmes architectes. Assez tôt, beaucoup de mariages entre les étudiants en architecture ou entre les collaborateurs architectes se sont créés. Il y a un grand nombre de couples architectes, qui ont fait une grande carrière commune. Souvenons nous d'Alvar Aalto avec Aino et Elissa, Märta et Paul Blomstedt, Martta et Ragnar Ypyä, Heikki et Kaija Siren, Reima et Raili Pietilä, les couples Paatela, Paavilainen etc.
Quelques femmes architectes pionnières
Wivi Lönn (1872-1966), diplômée en 1896, a été la première femme à créer sa propre agence. Sa carrière est assez remarquable. Elle a gagné plusieurs concours d'architecture dans sa ville natale de Tampere, dont notamment L'école d'Alexandre (1903), La station principale des pompiers (1905), plus de 30 écoles partout en Finlande et plusieurs concours en association avec Armas Lindgren, tels que Le Palais des Étudiants à Helsinki(1907), Le Théâtre Esthonia à Tallinn (1908), etc. Elle a étudié et signé des projets de son nom et avec M. Lindgren, mais son nom n' était cité dans les publications de l'époque que quand elle les avait fait avec M. Lindgren. Souvent on "oubliait" son nom. Wivi Lönn a exercé jusqu'à l'âge de 78 ans, et son architecture est un excellent témoignage de l'architecture du début du siècle. On dit aussi, que malheureusement elle a sacrifié une bonne partie de sa vie privée à sa carrière.
Salme Setälä (1894-1980) a fait sa carrière principalement en tant qu'architecte urbaniste au service de l'État, après avoir passé 8 ans au foyer avec ses enfants, après son diplôme. Elle n'a jamais eu de la chance d'être nommée à des postes de fonctionnaire les plus importants. Malgré ses compétences elle a été exclue chaque fois qu'elle a demandé un poste important. Elle a même été exclue de l'Ordre des Architectes et de l'Association des femmes architectes Architecta, en 1954, quand elle a été obligée de se présenter dans un concours à son propre poste, en concurrence avec d'autres, et les Organismes d'architectes ont boycotté ce concours. Quand en 1945 elle a été exclue du poste d'architecte en chef de la Direction du Bâtiment au profit d'un jeune homme, Erkki Huttunen, celui-ci lui a lancé: " La femme devrait être un génie pour pouvoir réussir comme un homme tout bête. Tu vois, c'est le Monde des Hommes!"
Aino Marsio-Aalto (1894-1949) est mieux connue comme Madame Alvar Aalto. C'était une femme architecte très douée et sérieuse. Pendant les années 20-30 elle a beaucoup développé le design des meubles et des objets d'art; elle a participé à Artek comme designer indépendante et beaucoup fait pour que ce design modern soit "pour tout le monde". Alvar Aalto a embauché cette jeune Aino en 1924 dans son agence de Jyväskylä, et il a dit en rigolant que l'agence ne pouvait pas lui payer son salaire - c'est à cause de cela sans doute qu'il l'a épousée! Ils ont fait un grand travail ensembles: Le bâtiment du Journal Turun Sanomat (1926), Le Sanatorium de Paimio (1928-32), la Villa Mairea (1938), le Restaurant Savoy , etc. Alvar Aalto n'a pas nié l'importance de Aino pour son travail, et il avait confiance dans ses critiques et propositions architecturales. " J'ai une collaboration intime avec ma femme au sens le plus vrai du terme", a-t-il dit.
Alvar Aalto ne s'est jamais rétabli du choc causé par la mort de Aino en 1949. Il a vite choisi une autre épouse, Elissa, une architecte très dynamique et talentueuse également. Elissa avait assez de tempérament pour "mettre de l'ordre" dans la vie d'Alvar, qui a mené une existence légendaire et mouvementée.
Souvent on dit, que derrière un homme qui réussit, il y toujours une femme. mais qui est derrière la femme?
Architecta et l'Ordre des Architectes
Il y a eu beaucoup d'autres femmes architectes remarquables au début du siècle. Elles ont commencé à se réunir de temps en temps pour des échanges professionnels entre femmes et, pour faire des fêtes et des excursions. Leur association informelle en 1919 s'appelait "Tumstocken". C'était un précurseur de l'ARCHITECTA, fondée en 1942, dans le but d' officiellement rassembler les femmes architectes, les soutenir, les développer professionnellement , organiser leur formation, des recréations, excursions et des séances d'information. Il y avait déjà une association pour les Architectes en Finlande, depuis 1892, Le Club des Architectes, (SAFA depuis 1919) mais les femmes se sentaient indirectement exclues de ses circuits. Quand on s'est aperçu qu'un tiers des membres de l'Architecta en 1943 n'étaient pas inscrites à la SAFA (Ordre des Architectes), celle-ci a insisté pour que si l'Architecta voulait agir dans le cadre légal il fallait que toutes ses membres soient inscrites à la SAFA.
Il n'est pas obligatoire d'être inscrit à l'Ordre. En ce moment (1999) il y a 2300 architectes membres de la SAFA, dont environ 850 femmes (37%). Architecta a 300 membres. SAFA compte en plus 500 étudiants en architecture, dont 43% sont femmes. Dans les trois écoles d'architecture pratiquement la moitie des élèves sont femmes. Egalement sur le marché du travail elles sont assez présentes dans beaucoup de domaines. Il a 44% (150) de femmes architectes aux service des villes, 51% (22) aux service des municipalités et des régions, et 47% (54) aux service de l'État, au service des grosses entreprises et des sociétés. Actuellement il n'est pas rare qu'une femme soit propriétaire de son agence ou architecte associée; et beaucoup de femmes architectes travaillent aussi avec leurs conjoints. La parité des femmes finlandaises s'est produite assez visiblement dans la vie politique: 37% des membres du parlement et du gouvernement sont femmes.
Il y a 5,1 millions d'habitants en Finlande. Le nombre global des architectes reste pourtant inconnu.
Y-a-t il un mode d'action original poursuivi par les femmes architectes?
Les femmes finlandaises ont eu la chance d'aborder très tôt des tâches ambitieuses d'architectes Ensuite la législation sur l'égalité a beaucoup amélioré les choses. Il y a l'obligation de choisir la personne la plus compétente quand on embauche. La société donne l'occasion aux mères et aux pères pour des vacances "bébé" , le congé maternité est assez long (2-3 ans dont 1 rémunéré) sans que la personne perde sa place ou ses avantages au marché du travail. L'égalité des mêmes salaires pour le même travail n'est pas tout à fait au point, mais le contexte général permet déjà de faire moins de compromis graves entre la vie privée et professionnelle.
Malheureusement la crise économique a beaucoup bouleversé le marché du travail. Au début des années 90 où il y avait plus de 40% d'architectes chômeurs. Récemment la situation s'est bien améliorée, mais les architectes ont été obligés de faire face à des difficultés. Il y trop d'architectes. Il est sérieusement question de réduire le nombre des nouveaux élèves en architecture.
Les femmes architectes réussissent comme les hommes, à mener des projets remarquables avec la confiance des clients. C'est ce qui se passe quand elles ont de la chance. Il n'est pas vrai que les femmes cherchent de petites commandes, mais elles les acceptent aussi. Dans les situations de crises les femmes se sont montrées assez innovatrices et flexibles pour trouver des modes d'action et des commandes spécifiques. Sans généraliser trop, on peut remarquer, que les femmes acceptent des tâches, dont on a pas à attendre une mine d'or ni la célébrité. Ces tâches sont souvent liées aux relations humaines et sociales, à l'environnement, à la sécurité, à l'amélioration des pratiques de vie de tous les jours, ou à d'autres objectifs particuliers.
Les femmes ont aussi tendance à chercher des réseaux pour échanger les expériences, elles ont la patience d'écouter les habitants ce qui prend souvent du temps, elles veulent souvent comprendre les problèmes des groupes spécifiques ou des exclus, et il y a de plus en plus de femmes architectes qui continuent des études après le diplôme, étant donné, qu'il n'y a pas assez de commandes pour tous. Il y a un risque d'être sur-formée par rapport à la demande du marché, mais beaucoup de femmes commencent une activité de recherche par pur intérêt. Se spécialiser sur un nouveau domaine les amène souvent naturellement à de nouvelles tâches, de nouveaux contacts, une nouvelle maturité intellectuelle.
Pour l'avenir, je crois que les réseaux d'échange sont une bonne piste. En 1998 il y a eu une conférence internationale EUROFEM, organisé en Finlande sur la problématique du "Gender et Human". Des femmes représentatives de divers domaines ont échangé leurs expériences sur les initiatives, qui d'une façon innovatrice ont abouti à des projets réels et visibles et à des propositions politiquement valables. Les initiatives d'EUROFEM sont liés à l'habitat, aux projets d'architecture et d'urbanisme, à la politique de la ville, à la mobilité, au travail et à l'économie locale, à la prise de décisions politiques, aux services, à l'impact de la technologie, aux solutions alternatives de l'énergie, à la formation professionnelle et à l'échange des connaissances...
Beaucoup de projets qui sont déjà en cours ont été présenté à ce colloque, et les experts ont donné leur avis pour ces initiatives et leurs acteurs. Le problème des femmes est souvent de ne pas croire à leurs propres bonnes idées et de ne pas arriver à se faire écouter.
Les réseaux et des groupes de soutien sont réellement New Opportunities for Women.
La moitié de la population mondiale est femmes, mais dans la plupart des cas leur potentiel est mal employé. Si les femmes continuent à progresser dans les différents domaines, il est sûr que la perspective Gender sera un defi du 21ème siècle. Il appartient à nous d'améliorer le monde pour qu'il y fasse bon vivre. Gender ne veut pas exclure les hommes, mais donner la chance à tous.
Les femmes architectes peuvent beaucoup, si elles travaillent!
Päivi
Nikkanen-Kalt
Architect DESA-SAFA,
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