L'Irlande renouvelle ces quartiers sensibles.
L'Irlande est un pays de 3,6 millions d'habitants. Dublin, la capitale, représente 1,2 millions d'habitants.
Le logement social est géré directement par les collectivités locales, qui représente 95% du secteur locatif, les 5% restant étant du ressort des associations, du secteur privé ou des coopératives.
80% des habitants sont des propriétaires occupants, 10 % relèvent du parc social public, et 8 % du parc locatif privé.
Dublin Corporation est la plus importante des collectivités locales du pays avec 25 000 logements locatifs sociaux à Dublin, pour 100 000 environ sur toute l'Irlande.
Les méthodes de gestion Françaises et Irlandaises ne sont pas comparables: le loyer est calculé en fonction des revenus, et est plafonné à 15 % des revenus dans le secteur social. Il ne dépend pas des coûts d'investissement et de maintenance.
Les objectifs de revitalisation urbaine de la ville de Dublin
La stratégie de la ville de Dublin concerne la revitalisation des zones clefs de Dublin souffrant de problèmes sociaux et de dégradation physique, avec un objectif de développement intégré.
Il s'agit des zones dites " Integrate Area Plan".
L'image de Dublin doit changer: tel est l'engagement pris par la ville de Dublin depuis 1997. Les investissements privés et publics doivent se multiplier pour permettre une meilleure offre en matière de logements, d'équipements et de commerces, favorisant ainsi la création d'emplois.
Dans le cadre de la croissance économique sans précédent de l'Irlande due à la défiscalisation, les effets des mesures prises pour remplir ces objectifs commencent à se faire sentir.
La zone existante du plan de rajeunissement " Historic Area Rejuvenation Plan " part du nord de Liffey jusqu'à O'Connell Street, en passant par Smithfield et Collins Barracks. Elle est considérée comme un modèle pour les quatre autres zones qui ont été identifiées comme devant faire partie au plus vite des zones de redéploiement .
Il s'agit du Nord Est Inner Centre, Kilminainham / Inchicore, The Liberty/The Coombe et O'Connell Street, qui remplissent également les critères de sélection et qui sont d'importance nationale .Ces quartiers devraient faire l'objet de dispositifs se rapprochant des OPAH.
Dublin Regeneration et Docklands masterplans font aussi partie de cette importante perspective de transformation de la ville. La réalisation de ces plans devra prendre de 3 à 5 ans, et bénéficiera d'un fort soutien financier de l'état et d'investisseurs privés.
Ils relèveraient en France de la politique de la Ville et seraient classés dans la catégorie des G.P.U. (Grands Projets Urbains).
Le projet de développement du quartier de Ballymun à Dublin
Le quartier de Ballymun a été construit en 1967 en réponse à la crise du logement de Dublin sur un modèle constructif français, type de panneaux béton en préfabriqué. Il est situé à 7 KM du centre ville de Dublin, et est représentatif de l'idéologie de l' époque.
Avec 2 814 logements et 2000 maisons individuelles, ce quartier a été considéré comme le plus important des zones de constructions de l'époque. A vocation sociale, il est géré par la ville de Dublin qui est le propriétaire et le gestionnaire du quartier.
Les logements de deux trois, quatre ou cinq pièces, disposent de séjours de bonnes dimensions. Ils sont desservis par des coursives extérieures et disposent de balcons. L'urbanisme directement issu de la Charte d'Athènes, a produit un quartier de grands ensembles: des blocs d'habitations horizontales ou verticales, posés sur de vastes espaces verts devenus les terrains d'aventure de chevaux en liberté. De petits ensembles pavillonnaires côtoient les 7 tours de 15 étages et les barres de 7 à 8 étages.
Les conditions de vie se sont progressivement dégradées. Le chômage, la drogue, la prostitution, le nombre important de femmes seules avec plusieurs enfants, l'incapacité de réinsérer les habitants dans la vie active en font une zone de rejet et de stigmatisation de la fracture sociale.
Trente et un ans après sa construction, la démolition de Ballymun devient l'objet de discussions et de concertation.
Les 2 814 logements collectifs doivent être démolis dans les 8 années à venir, et reconstruits sous forme de petites unités ou maisons de ville.
Dans le même temps, un projet de développement économique est prévu, passant par la création de pépinières d'entreprises, par la formation intensive des habitants, et par la création d'une zone d'activités et de bureaux.
L'ensemble du projet est présenté dans le Master Plan, et fait partie intégrante de la politique urbaine de la capitale de l'Irlande.
Ce programme est estimé à 261,4 millions de livres soit 2 milliards 150 millions de francs, dont plus de la moitié pour la construction neuve.
Il est prévu notamment de construire un centre d'art municipal dans Ballymun, -une maison des associations- qui pourra accueillir certaines des associations qui bénéficient actuellement de l'usage des appartements de Ballymun, mis à disposition par la Ville de Dublin.
Les habitants du quartier ont tissé des liens sociaux très forts, et la perspective de la démolition de leurs logements les effraient, à juste titre: Ballymun va devenir un grand chantier pendant les dix années à venir.
Avant même la validation du projet de restructuration de Ballymun, un système de démocratie locale a été instauré par les habitants qui ont élu une assemblée représentative. Celle-ci participe à l'élaboration du projet.
Ballymun's Women Resource Centre : une association de femmes
Le BALLYMUN WOMEN'S RESOURCE CENTRE est une association créée en 1995 par des femmes bénévoles du quartier.
Le BWRC travaille à la rédaction de propositions pour le redéploiement de Ballymun et en particulier, sur le plan de l'urbanisme et de l'architecture, avec l'ARVHA.
Ce centre a développé et mis en uvre de très nombreuses initiatives à Ballymun, permettant à plusieurs groupes de trouver par eux-mêmes les solutions à leurs problèmes.
Le thème de leur programme NOW (New Opportunities for Women) s'intitule : "from responses to solutions ". Il vise à créer une culture de l'indépendance.
Pour cela, le centre met à la disposition des femmes qui le souhaitent les moyens de mettre en uvre leur projet au travers de services tels que : crèche, informations, programme pour les jeunes femmes adolescentes, programme de formation NOW
Quinze femmes ont été sélectionnées pour faire partie d'un programme de formation financé par la commission européenne et nommé : "Neighbourhood Planning".
Ces femmes sont directement impliquées dans le processus de concertation sur le quartier. Elles ont fait appel à l'ARVHA*, association d'architectes français, pour être son partenaire, et bénéficier de son savoir faire en architecture, urbanisme et méthode de concertation dans le domaine de la réhabilitation des quartiers.
Présentation du plan de "H.A.R.P."
Le plan de H.A.R.P. constitue une des composantes du plan de développement de la ville de Dublin représenté par Dublin Corporation. Il est considéré comme une initiative prioritaire, et bénéficie d'un soutien de la Commission Européenne.
Il s'agit d'un programme opérationnel pour la revitalisation urbaine sur l'ensemble de l'agglomération, avec des zones identifiées.
En 1995, ce plan a été adapté et complété au regard des nouvelles directives et publié en 1998 comme une conclusion nécessaire pour cette zone appelée IAP (Integrate Area Plan).
L'approbation du HARP Plan par le Département de l'Environnement, comme une Integrate Area Plan (I.A.P.) permet de façon assurée de mettre en pratique les outils stratégiques et de réaliser les objectifs visant à la revalorisation physique, social et économique de cette zone.
Malgré la localisation stratégique de cet ensemble, celui-ci a subit un fort déclin économique et social depuis le 19ème siècle.
Ces propositions définies par la ville de Dublin ont été approuvées dans un plan définitif appelé : " Historic Area Rejuvenation Project " : le projet de rajeunissement de la zone historique: H.A.R.P. cofinancé par des fonds publics et européens et des fonds privés.
Les thèmes majeurs de ce projet sont le reconquête des espaces publics, l'amélioration de la qualité environnementale, la transformation d'usage de bâtiments désaffectés, la conservation, restauration du patrimoine, et le logement social.
HARP Project prend en compte la richesse du patrimoine historique, tant au niveau des bâtiments publics que dans les habitations et constructions vernaculaires.
Sous son initiative, de nombreux projets sont en cours. Leur objectif est de conserver et préserver le patrimoine bâti. Parmi les actions entreprises, nous citerons:
1- la restauration
des façades du 19ième siècle de style victorien,
2- la restauration
du bâtiment du marché aux légumes
3- la restauration de lespace public et de lancienne
distillerie de Smithfield
- La restructuration de O'Connell Street
O'Connell Street constitue un secteur stratégique en cur de ville. Il s'apparente aux Champs Elysées parisiens.
Ce quartier est très paradoxal, car il représente le pays, et est dans un état de quasi abandon, malgré son rôle de point phare de la ville.
Il comprend des bâtiments ayant une forte valeur ajoutée tant au niveau patrimonial qu'historique. Il a subi de fortes détériorations, tant physique que social, et se voit pourvu de commerces de grandes fréquentations, et non de commerces de luxe tel que le souhaiterait la Municipalité.
L'avenue sera entièrement reprise, tant au niveau du dallage, qu'au niveau des façades.
Une étude complète sur l'état du bâti, et les travaux envisagés a été réalisée.
L'objectif est que les irlandais soient fiers de la plus grande rue de Dublin, rue qui devra symboliser la réussite du rajeunissement et du renouvellement de ce pays.
Architectes spécialistes - ARVHA