Aija Staffans

Architect, Manager of the Laboratory of Urban Planning and Design
Department of Architecture
Helsinki University of Technology
P.Box 1300
FIN-02015 HUT FINLAND
Tel. -358-9-451 4460
FAX -358-9-454 8535
e-mail: aija.staffans@hut.fi

Architecture au FEMININ
Les métiers de la réhabilitation
Paris 30.9.-1.10.1999

L'architecte au service des habitants en Finlande

Projet de réhabilitation d'une banlieue dans le Pays de la nouvelle construction

La structure urbaine de la Finlande est en pleine mutation. Le développement de l'urbanisation pendant les 50 dernières années a été parmi les plus rapides et il continue encore d'une façon intense. En pratique cela veut dire, que beaucoup de finlandais changent de lieu de domicile et que les bâtisseurs continuent encore à construire de nouvelles maisons dans des pôles de croissance urbaines de moins en moins nombreux. Il est évident que le centre de gravité dans la construction a toujours été dans les travaux neufs. L'année 1995 a peut-être été la seule année pendant laquelle le volume des investissements en réhabilitation a dépassé le volume des travaux neufs comptés en marks finlandais. Elle a aussi été l'année de lancement du "Projet Banlieue", organisé par l'État afin d'améliorer le cadre de vie dans les implantations périphériques.

Actuellement le Projet Banlieue est en cours sur 50 zones d'habitations reparties dans toute la Finlande. C'est un projet commun de l'État, des municipalités et des citoyens. Son but est de rechercher de nouvelles formes de coopération, soit dans l'administration très fortement sectorisée soit dans des domaines qui ont tendance à se polariser de plus en plus.

Une Architecte avec les habitants

A ma connaissance je suis en Finlande la première architecte des quartiers sociaux, comme en fait foi le résultat de mon travail dans un petit quartier de la banlieue de Helsinki, du nom de Pihlajisto. C'était avant que le Projet Banlieue officiel soit démarré. J'ai choisi de vous présenter le développement de Pihlajisto en tant qu'exemple pour ce colloque.

Cela va faire bientôt 15 ans depuis que je suis architecte diplômée. J'ai travaillé comme fonctionnaire à la Faculté d'Architecture de l'Université de Technologie d'Helsinki, partiellement en tant qu'enseignante, et principalement sur différents projets de développement. Un point commun à tout ces projets est d'améliorer l'habitat, d'évaluer la qualité en collaboration avec les habitants et d'appliquer les différentes méthodes de participation et d'interaction dans le processus de développement urbain. En plus de mon travail de fonctionnaire à l'École d'architecture, j'ai une petite agence d'architecture de deux femmes architectes. Nous travaillons essentiellement sur des projets du logement. 

L'Atelier concernant le Projet Pihlajisto

Pihlajisto est un quartier de 3000 habitants à Helsinki. Son projet d'aménagement initial date à 1970, et la construction de la zone s'est effectué en 5 ans, de 1970 à 1975. C'est un quartier très compact, et il se délimite très clairement sur une colline. Les habitants de Pihlajisto ont été exceptionnellement actifs. Au début des années 90 ils ont obtenu de l'argent de la Ville d'Helsinki et du Ministère de l'Environnement afin de salarier leur propre architecte pour améliorer leur quartier. L'interview d'embauche que les gens de Pihlajisto m'ont demandé, était vraiment le plus strict que j'ai jamais vu! Jamais avant on m'avait tellement demandé de justifications pour présenter mes idées d'architecte. Le Projet Pihlajisto m'a aussi donné de l'expérience, et il m'a fondamentalement obligé à réfléchir sur le rôle de l'architecte ainsi que sur les différents liens par lesquels le travail d'architecte est structurellement et intérieurement dépendant de la vie politique et économique.

L'expérience de Pihlajisto est basée sur le travail d'une équipe pluridisciplinaire dans un atelier installé sur place. A cette époque mon agence a embauché deux femmes de plus. Il y avait ainsi deux femmes architectes, une sociologue et une psychologue de l'environnement. Notre équipe était très enthousiaste à partir de l'automne 1993 pendant les 6 mois de ce travail très intense en commun.

Pour moi-même, Pihlajisto était une véritable occasion de tester comment les différents méthodes fonctionnent en pratique. Comment réussir à faire participer des gens? Quels sont les médias qui marchent et ceux qui ne sont pas valables? Par quels moyens peut on soutenir les discussions? Au départ nous n'avions pas beaucoup de confiance dans les moyens compliqués et sophistiqués. Nous nous sommes appuyées sur la méthode de rencontrer directement les gens , autour d'une grande table, avec l'aide d'un plan, de papier esquisse et d'un crayon.

La première période de l'Atelier de Projet Pihlajisto s'est terminée par une exposition, qui présentait les idées et les principes, qui nous ont dirigé vers les solutions d'amélioration de l'environnement physique du quartier. L'exposition était conçue d'une façon concrète et compréhensible, avec des maquettes, des photos et des dessins. Nous n'avons présenté que très peu d'illustrations basées sur le langage traditionnel et professionnel des projets.

L'Atelier Projet Pihlajisto n'était qu'un début pour le développement du quartier. Il est facile de présenter différentes idées, mais comment peut-on réellement trouver de l'argent pour les opérations dans une zone qui est privée de ressources propres? Pour le bonheur de Pihlajisto le Projet Banlieue de l'État est vraiment arrivé au bon moment. Les discours initials avaient déjà été effectués, et ainsi Pihlajisto a pu être sélectionné parmi les premièrs quartiers pilotes. Ce quartier était tellement petit - 3000 habitants- que sans la démarche initiale de ses habitants il n'aurait certainement pas réussi à être sélectionné au niveau national.

Maintenant déjà 5 ans ont passé depuis la phase de l'Atelier de Projet Pihlajisto. C'est le moment d'aller voir sur place comment le quartier a été transformé. Pihlajisto a débuté avec les ressources humaines de ses habitants et il a continué en tant que "Grand Projet de l'État". Peut-être le point de vue le plus intéressant résulte de cette tension: de la rencontre, parfois même de la collision dans un mouvement de travail allant du bas vers le haut et vice-versa. Je ne veux pas vous décrire en détail ces collisions entre ces deux niveaux d'action; cela sera peut être le sujet d'une autre présentation.

Il y a au moins deux méthodes de travail concrètes qui sont restées en vie depuis le Projet Pihlajisto. Premièrement, établir un Atelier de projet sur place. Transférer son travail d'architecte sur place demande certains efforts, mais ça donne un contact vivant avec le quartier et avec ses habitants. La deuxième méthode est d'organiser des visites à pied ensembles avec les habitants, les architectes et les fonctionnaires et d'en formuler les conclusions. Cette méthode, dite Gotur (Walk-through) a été développée au Danemark dans le but d'évaluer des zones d'habitations. Pour la première fois en Finlande nous avons essayé cette méthode à Pihlajisto, et dans différentes situations elle s'est révélée un excellent moyen et très utilisable.

Pihlajisto digital

Sur l'Atelier de Projet Pihlajisto nous avons employé des outils très traditionnels. Ensuite j'ai été amenée à développer un moyen complètement différent au service des quartiers d'habitations. Le Forum du Voisinage Digitalisé,(Digital neighbourhood Forum) que nous avons développé et à qui nous avons donné le nom de La Rue de la Maison - (Home Street).

Le point de départ de cette Home Street est de rechercher comment l'internet peut s'adapter au service du développement et de projets d'environnement d'un quartier. L'idée était de créer un lieu de rencontres, pour les élus, les fonctionnaires de la ville, les habitants et les entreprises locales.

Home Street est clairement un projet de la société de l'information. Nous sommes tout à fait conscientes des différentes problèmes liés à la société de l'information, et nous avons voulu rechercher, comment la technique pourrait servir à la conception de projets communicatifs et à l'amélioration dans l'urbanisme ("empowerment" ).

Le sommaire du Home Street suivra dans l'annexe. Ce travail est effectué à l'Université de Technologie d'Helsinki, au Département de l'Architecture. Ce projet à attiré beaucoup d'intérêt et il ouvre plusieurs possibilités vers l'avenir. Home Street-projet m'a donné l'inspiration de préparer mon doctorat en architecture sur le thème: Internet supported collaborative learning in communicative urban planning.

Réflexions

Une question éternelle et intéressante: les habitants sont réellement intéressés par leur environnement bâti et sont volontaires pour l' influencer? Je suis peut-être idéaliste, j'ai essayé par tous les moyens de faire progresser l'interaction entre les professionnels et les citoyens, et je crois, que c'est le seul chemin durable afin d'augmenter le respect de l'environnement et d'améliorer le cadre de vie.

Le point de vue des citoyens est souvent en opposition avec les contraintes des professionnels ainsi qu'avec le "mur" construit par la démocratie représentative. On fait de la "politique de la ville" comme si les villes étaient une valeur en elles-mêmes. On oublie trop souvent les citoyens et leur cadre de vie de tous les jours.

Est-il crucial que je sois femme? Je ne sais pas. En pratique j'ai très souvent été aidée, soutenue dans mon dialogue avec des femmes actives, dynamiques et sans préjudices. Je les ai rencontrées en tant qu'habitantes et fonctionnaires, mais rarement en tant que femmes politiques à l'origine des décisions. Peut-être le monde de la politique avec ses partis et ses mandats est il le monde le plus vieux du corporatisme. Est-ce le Monde des hommes? Il me semble souvent que oui.